Jasna Samic
(essai)
LA MULTICUTURALITE EST - ELLE POSSIBLE EN BOSNIE ?

         

Jasna Samic, née à Sarajevo, vit à Paris où elle écrit en bosniaque 
(serbocroate) et en français. Elle a publié des romans, nouvelles, poésie, pièces de théâtre, essais; elle est aussi metteur en scène et l'auteur de films documentaires.



LA MULTICUTURALITE EST - ELLE POSSIBLE EN BOSNIE ?

Je signalerais avant tout que le terme multiculturalité - multiculture est utilisé à outrance depuis un certain temps en Bosnie et dans les Balkans ; comme chaque chose qu’on utilise trop,  celui-ci s’use, lui aussi, et perd un peu sa signification. Evoquant tout le temps l’importance de la multiculture, la situation n’a malheureusement pas beaucoup changé sur place. En évoquent cela, je ne pense pas pour autant qu’il ne faut pas lutter pour la  multi culture, que ce soit en Bosnie ou ailleurs.
Avant de répondre à la question : si la multiculture est encore possible en Bosnie,  je  me permets de dire deux mots de plus sur la terminologie. La multi culturalité est un terme de fraîche date, il n’existe pas depuis longtemps dans le serbo-croate (c'est-à-dire dans les langues des Balkans), et on peut le considéré comme étant un néologisme. Dans les dictionnaires français, ce mot n’existe pas non plus (si l’on l’emploie, il faut avouer qu’il s’agit là aussi d’un néologisme). (Personnellement, je préfère l’expression la diversité culturelle.) Rappelons que le mot multi-culturalité est fait, comme chacun sait,  de deux mots latins : « multi »  et « culture »  ce qui suppose que dans une seule culture il y en a plusieurs. Au lieu d’évoquer les significations du terme culture, parce qu’elles sont sans aucun doute connues,  je poserai plutôt une question :
Que veut-on dire en évoquant la multiculture d’un pays ou d’un milieu ? 
En d’autre termes, insiste-t-on sur la nécessité de l’existence de plusieurs langues, de plusieurs religions, de plusieurs littératures et arts dans un milieu, voire dans un pays, ou de l’existence de tout cela à la fois ? Ou bien, pensons-nous qu’il est nécessaire de garder la diversité (uniquement) spirituelle déjà existante dans les lieux où les influences des autres cultures et des traditions étrangères se font sentir depuis longtemps ?
Quant aux Balkans en général, et la Bosnie en particulier, la « multiculture » sous-entend  surtout l’existence de nombreux peuples qui vivent ensemble dans un pays depuis des siècles, d’où la diversité culturelle, qui est aujourd’hui, après la guerre de 1992, menacée par les partis nationalistes au pouvoir, mais qu’il faudrait sauvegarder. Il s’agit donc de la diversité de langues, de cultures, et de traditions – bref, de la multi culturalité.
Un autre fait est aussi à souligner : à l’instar de tant d’autres termes en ex-Yougoslavie, la signification des expressions « culture d’un peuple » et « la culture nationale » ont toujours été très vagues et ambiguës. Même les termes « peuple » et « nation »  avaient également, à l’époque communiste  - où cette multi culturalité atteint son apogée -, un sens vague et ambiguë. Depuis un certain temps, plus exactement depuis le début de la guerre de 92, et un peu avant celle-ci, le mot « peuple » est remplacé le plus fréquemment par le mot « ethnie ». Ce dernier n’a jamais été utilisé auparavant en Bosnie, pas plus qu’en ex-Yougoslavie. Rappelons tout de même que la Yougoslavie était considérée comme un pays où vivaient différents peuples et nations, pour la plupart d’origine slave, ces derniers étant vus, de façon ambiguë également, comme un seul peuple. Pour ce qui est de la Bosnie, elle était prise pour l’exemple type de pays composé de plusieurs peuples et nations, riches de multiples cultures, lieu où l’on respectait toutes ces diversités (nationales et culturelles). La Bosnie et surtout sa capitale Sarajevo était souvent évoqué même à l’époque communiste comme un milieu cosmopolite rare. On appelait d’ailleurs Sarajevo « la Petite Jérusalem ».
Est-ce vrai ? Si oui, dans quelle mesure ?
Disons avant tout que la Bosnie est un phénomène de plusieurs points de vue et particulièrement du fait que tous ces peuples qui y vivent ensemble depuis des siècles, partageant le même sort historique, - à condition qu’on les comprenne dans le sens « étrangers » -,  ne sont jamais devenus un seul peuple. De ce point de vue, la Bosnie et phénomène planétaire. (Rappelons : USA ! l’ALBANIE : catholiques, orthodoxes, musulmans sont tous des Albanais ! En Bosnie : Orthodoxes, Catholiques, Musulmans, Juifs sont quatre peuples distinctes.)
Toutes ces ambiguïtés linguistiques mentionnées un peu plus haut, sont importantes à souligner une fois de plus, car elles ont joué un rôle important notamment dans la période qui a précédé la dernière guerre, ainsi que pendant celle-ci. En d’autres termes, les dirigeants se sont servis de cette terminologie imprécise pour manipuler les masses et préparer les massacres. Les manipulations des pays voisins, la Serbie et la Croatie, ont commencé déjà au 19ème s. Il en résulte que les catholiques bosniaques deviennent définitivement Croates et les orthodoxes bosniaques, Serbes. Le caractère autocéphale de l’Eglise orthodoxe serbe a facilité cette entreprise (manipulations): c’est depuis l’époque où l’Eglise serbe devient nationale (14ème s ; puis grâce aux Turcs, le renouvellement de la Patriarchie de Petch au 16ème s.) qu’on confond la religion et la nationalité. Ces dernières se confondent d’ailleurs de nos jours en Bosnie. Pour les catholiques bosniaques et les orthodoxes bosniaques, les peuples voisins de Croatie et de Serbie sont qualifiés de « maticni »les peuples fondateurs (peuples de base), alors que la Serbie et la Croatie sont leurs « Terres mères ». Cette époque (le 19ème s.) marque le commencement de la fin du démantèlement du peuple bosniaque en plusieurs peuples,  d’abord du point de vue culturelle, puis de point de vue géographique.
Pour comprendre mieux tout cela, il est indispensable  de rappeler quelques faits historiques. Notons que les habitants autochtones de la Bosnie étaient les Illyriens. On ne connaît presque rien sur ces derniers, sauf qu’ils étaient vaincus par les peuplades slaves, notamment par les Slaves du sud, qui occupent la Péninsule balkanique au 7ème siècle. On cite le plus souvent deux tribus, serbe et croate qui s’y installent. On ne connaît presque rien sur ceux-ci sauf que les uns, Croates, deviennent  catholiques à partir du 9ème s. et les autres, Serbes, orthodoxes beaucoup plus tard - 14ème  s. La Bosnie tire son nom de l’antiquité, du nom de la rivière, Bosante. Au cours de l’histoire, le pays fait l’objet de nombreuses ambitions étrangères : romaine, byzantine, hongroise, turque, autrichienne. Il fait d’abord partie de l’Empire romain, jusqu’au 4ème siècle, passant ensuite tantôt sous la domination byzantine, tantôt sous la domination hongroise. Ce n’est qu’au 12ème siècle que le pays devient indépendant. A la tête de ce dernier se trouve Kulin ban (le ban est le titre de chef d’état). L’apogée de sa gloire et de sa prospérité, la Bosnie vivra au 14ème siècle lorsque le pays devient le Royaume bosniaque, à la tête duquel se trouve Tvrtko Ier. Le pays englobe alors les provinces de la Bosnie actuelle, ainsi qu’une grande partie de Dalmatie (littoral adriatique), et une partie de la Serbie. A cette époque, la Bosnie est non seulement un pays vaste, mais elle a aussi sa langue nommée bosniaque, son écriture nommée « bosancica », et en dehors du fait que tous les habitants s’appellent Bosniaques, le pays a (dès le 12ème s.) une religion à part, qui est considérée par l’Eglise romaine comme une hérésie, car elle ne reconnaît pas le Pape. Il s’agit de l’Eglise dite bosniaque, dont les adeptes se nomment le plus souvent les chrétiens bosniaques. Les papes et les rois hongrois, de peur que «cette maladie ne se répande en dehors des frontières du pays » organisent les croisades pour l’anéantir. Néanmoins, l’Eglise bosniaque, et les chrétiens bosniaques disparaissent seulement avec l’occupation turque ottomane. Je n’ai pas le temps d’évoquer toutes les polémiques à propos de cette église et de son caractère,  polémiques toujours actuelles en Bosnie et en ex-Yougoslavie ; je dirai juste que la question la plus importante posée est la suivante : s’agit-il tout simplement d’une église chrétienne ou bien d’une religion dualiste, le bogomilisme, influencée par Manès, d’origine persane ; cette religion remonte au 3ème s. après J.C.
La noblesse bosniaque désunie facilite la conquête turque et le pays tombe entre les mains des Ottomans en 1463. La région Hum, la future Herzégovine – domaines de Stjepan Kosaca qui prit le titre d’Hrzeg- , résistera encore 25 ans, puis tombera également sous la domination turque. Les Turques Ottomans introduisent dans le pays leur système administratif, en le divisant en « sandjaks » - unités administratives. Ils forment le Pasaluk de Bosnie, gardant ainsi l’ancien nom du pays. Le grand nombre de nobles bosniaques se convertit immédiatement à l’islam, pour garder leurs biens et leurs privilèges, puis, dans une seconde vague de conversion, ce sont les paysans – raya - chrétiens, catholiques et orthodoxes, qui acceptent la nouvelle religion. (Dans ce sens, la Bosnie est aussi un phénomène car, parmi tous les pays occupés par les Turques, c’est en Bosnie que la conversion est la plus importante, surtout parmi les paysans). Les Ottomans autorisent à la population (diverses communautés religieuses et ethniques) la liberté de culte et celle d’expression : en d’autres termes,  ils peuvent pratiquer leurs rites religieux et s’exprimer dans leurs langues. Ce système se nomme « le système millet ». On peut constater que ce dernier est malheureusement toujours de l’actualité en Bosnie, alors qu’il se nomme aujourd’hui: « les droits des peuples ». La religion officielle est à l’époque ottomane l’islam, l’identité principale est religieuse, alors que tous les habitants se divisent en musulmans et non-musulmans. C’est pourquoi, il est difficile d’étudier de nos jours l’islamisation du pays – on ignore si par exemple les Bogomiles/Chrétiens bosniaques se sont convertis massivement à la nouvelle religion, comme affirment certains historiens, étant donné que leur nom ne figurent pas dans les documents de l’époque. Un grand nombre d’intellectuels de Bosnie, les slaves convertis à l’islam, commencent dès l’occupation ottomane à écrire leurs ouvrages en langue dites orientales : turque, arabe et persane, mais aussi en langue slave, bosniaque, avec des caractères arabes : littérature dite alhamiado littérature, alors que les chrétiens recopient les livres sacrés. (Le mot alhamiado vient de l’arabe « al ‘adjemî – étranger : le même type de littérature existe en Espagne.) Les Juifs, qui fuient les massacres commis par les rois d’Espagne, sont accepté par le sultan ottoman dans son empire ; ils s’installent ainsi, entre autres, en Bosnie au 16ème s; ils parlent alors la langue nommée «le ladino », puis le bosniaque, écrivent les commentaires sur le Talmud en hébreu, et rédigent aussi des poèmes dits alhamiado (en langue bosniaque avec des caractères hébreux).
Au 19ème s, le pouvoir turc est remplacé par celui des Autrichiens. Avec le traité de Berlin en 1878, la Bosnie fait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Les Autrichiens laissent aux Bosniaques, eux aussi, l’utilisation de leur langue slave, nommée toujours bosniaque, jusqu’en 1910, ainsi que la liberté d’exercer leurs rites religieux. Le nom du pays est alors «pour la première fois « La Bosnie Herzégovine ».
Voici tout brièvement la suite de l’histoire :
Vient la I ère guerre mondiale 1914-18, qui commence avec l’assassinat de l’archiduc autrichien, François Ferdinand. En 1918, la Bosnie fait partie du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui deviendra aussitôt la 1ère Yougoslavie. Autrement dit, la Bosnie, et surtout les Bosniaques n’existent presque pas (en ce qui concerne leur nationalité, ils doivent se déclarer soit Serbes, soit Croates, soit Neutres - Sans nationalité – Neopredjeljeni ). En 1939, le pays est partagé entre la Serbie et la Croatie ; une majeure partie, y compris la capitale Sarajevo, est englobée dans la grande Croatie dont le régime fasciste collabore avec les nazis. En 1945, c’est la fin de la guerre, et est créée  la Yougoslavie fédératives socialiste ;  Tito est son président. La Bosnie-Herzégovine fait partie des six républiques de Yougoslavie titiste. Les émeutes, notamment celles des Albanais, commencent aussitôt après la mort de Tito en 1980. Néanmoins, le pays se démocratise. En 1991-92, c’est le démantèlement de la Yougoslavie, la Serbie attaque la Slovénie et la Croatie en 1991, puis la Bosnie, 1992. Avec les Accords de Dayton, la guerre est arrêtée, la Bosnie-Herzégovine est (officiellement) une république, composée de deux entités : Republika Srpska et la Fédération croato-bosniaque (et de facto, elle est divisée en trois partie, déchirée entre les Serbes, Croates et Bosniaques- Musulmans).
Pourquoi est-il indispensable d’évoquer tout cela et surtout la période où la Bosnie est sous la domination des grands empires : car la diversité culturelle bosniaque – voire la multi culturalité – est un héritage des grands empires qui se sont succédés en Bosnie, en apportant leur cosmopolitisme et en gardant aussi la diversité culturelle existante. Toutefois, la situation a toujours été ambiguë, car il s’agissait de régner selon le principe divide et impera. L’identité principale à l’époque austro-hongroise, comme à l’époque ottomane, est toujours religieuse. Ce phénomène reste également de l’actualité : l’identité principale, même à l’époque communiste est religieuse, c'est-à-dire l’appartenance à une communauté religieuse, qu’il s’agisse de Croates, Serbes, Musulmans ou bien Juifs. Or, différentes nationalités en Bosnie sont issues de différentes religions. La reconnaissance, dans les années 60, de la nationalité musulmane, en est la preuve. A l’époque communiste, la religion est confondue avec la nationalité, alors qu’aujourd’hui, la nationalité est confondue avec la religion (par exemple, les musulmans disent que le baïram – ‘ide Kabîr - est une fête bosniaque très ancienne, étant donné que le terme « bosniaque » remplace aujourd’hui systématiquement celui de « musulman ». Notons, une fois encore, donc que la diversité culturelle, voire la multicultiralité, est marquée par la présence de différentes religions en Bosnie, ces dernières devenant de plus en plus un facteur politique et culturelle.

Qu’en est-il de la culture contemporaine bosniaque ?
Rappelons que la langue dans laquelle sont écrits des ouvrages des Serbes, Croates, Bosniaques musulmans, ainsi que ceux des Juifs de Bosnie pendant le communisme est une et même langue : le serbo-croate, standardisé dans les années 1970. C’est l’iékavien qui prédomine – un parler utilisé à l’ouest des Balkans, notamment en Croatie et en Bosnie, mais parfois, les ouvrages sont aussi publiés en ékavien, qui est un parler de Serbie. (Par ex. dans l’iékavien on utilise  « ije » à la place de « e » dans certains mot :
bijelo /belo = blanc.)
Quelles sont les différences entre les littératures de Bosnie, c'est-à-dire entre les écrivains appartenant à différentes religions/nationalités ?
Difficile de répondre à cette question, car les différences purement littéraires n’existent presque pas. En dehors du fait que certains écrivains utilisent plus l’ékavien serbe que liékavien bosno-croate est une des rares spécificités de ces « différentes » littératures et des écrivains en Bosnie. Quant aux thèmes de la littérature écrite en Bosnie juste après la II guerre mondiale, ils sont presque identiques chez tous les auteurs de l’ex-Yougoslavie : c’est la guerre et la lutte des partisans de Tito contre les ennemis extérieurs, Allemands, et les ennemis intérieurs : les oustachis – croates, ces derniers ayant été du côté des nazis, qui massacrent les Serbes et les Juifs, et les Tchetnik serbes qui sont pour le roi yougoslave, mais qui collaborent avec des Allemands, tout en massacrant les musulmans bosniaques. Quelle est donc le critère pour définir une littérature comme étant nationale  ? (J’ouvre une parenthèse : le terme  « littérature bosniaque ou bosnienne » a toujours été un peu maudit et désapprouvé.)  Ce critère n’est pas la langue. Est-ce le style et les genres ? Non. Ils sont également les mêmes qu’utilisent les auteurs européens. Est-ce les thèmes ? Le roman historique, par ex. est devenu une tradition en ex-Yougoslavie. C’est Ivo Andric, d’origine bosniaque (un catholique né à Travnik, ville bosniaque, qui écrivait en ékavien – serbe) qui donne le ton à ce type de roman ayant pour thème la Bosnie ottomane et ses diversités ethniques et culturelles, voire religieuses. Cet écrivain est considéré par les Serbes comme un auteur serbe (du fait qu’il écrivait en serbe), par les Croates comme un auteur croate (du fait qu’il était né catholique), et par certains Bosniaques comme un auteur bosniaque (du fait d’être originaire de Bosnie et d’avoir pris ce pays pour thèmes de tous ses ouvrages ; des Bosniaques nationalistes ne l’aiment pas car ils montre un mépris pour les musulmans, en les traitant « d’horribles Turcs »). On entend souvent dire que Mesa Selimovic, auteur du roman le Derviche et la mort (1968) est le premier véritable écrivain musulman – bosniaque. Pourquoi ? Comme chez Ivo Andric,  le thème de ses romans à succès est la Bosnie ottomane et le milieu musulman. Si on considère le thème des ouvrages bosniaques comme étant le facteur déterminatif pour désigner la littérature bosniaque, alors c’est Ivo Andric qui est le plus grand écrivain bosniaque. Si par ailleurs, c’est la religion, c'est-à-dire les origines religieuses d’un auteur, en ce cas-là, le plus grand écrivain bosniaque est Mesa Selimovic, malgré le fait qu’il se déclarait, lui, comme Andric, écrivain serbe. Pour être plus précis, je dirai ceux-ci : il existe une littérature moderne proprement bosniaque qui n’a rien à voir avec l’appartenance religieuse, alors que les écrivains sont divisés, comme le pays, selon les appartenances religieuses et nationales. Mais le plus souvent, cette division n’est qu’artificielle.
En ce qui concerne l’architecture, par ex., elle est le témoin direct de ce double phénomène (ou de la duplicité du phénomène) : il s’agit d’une part de la diversité culturelle -  on y remarque les vestiges tous les styles, à commencé par les vestiges de l’époque romaine, puis le style ottoman, en passant par le néo-mauresque, inauguré par les Autrichiens, jusqu’au réalisme socialiste, propre au communisme - ;  d’autre part, tous ces styles pourraient être définis comme bosniaque, représentant à la fois un héritage proprement bosniaque et étranger, c’est-à-dire un héritage de multiples cultures.
Si la musique traditionnelle est influencée par la musique orientale (par ex. les sevdalinke – chansons d’amour passionnel), la peinture, en revanche, a toujours été influencée par les mouvements européens. Il n’y a presque pas de peintres qui sont influencés par l’art islamique ; pas d’arabesques donc en Bosnie (après l’époque ottomane où la calligraphie arabe est développée).
Or, toute la diversité culturelle peut se réduire en une seule culture, bosniaque, qui est par ailleurs influencée par de nombreuses cultures d’origine différente, c'est-à-dire, elle est influencée avant tout par les diverses religions monothéistes existant en Bosnie. Non seulement l’art, au plus large sens du terme, donne un résultat de mixité, mais on peut remarquer également que les traditions et les mœurs, musulmans et chrétiens, sont proches les uns des autres et se ressemblent, tout en se divisant et divergeant également. La plus grande différence existe en fait entre la ville et la campagne bosniaques. Les citoyens ont de nombreux traits communs, leurs costumes sont presque identiques, alors qu’on distingue depuis toujours quelqu’un d’origine paysanne, ou plutôt montagnarde. (Cf. l’Exposition universelle de 1900 : les femmes sont habillées toutes pareilles, ce ne sont que les couleurs qui désignent leur appartenance religieuse ; Cf. Capus, A travers la Bosnie-Herzégovine ).
Enfin, pour revenir au thème principale de cet article, posons la question suivante :
 Après les massacres massifs commis par les Tchetniks serbes (dont l’idéologie est proche des Tchetniks de la II Guerre mondiale), après les massacres et les camps de concentration ouverts, pendant cette dernière guerre, par les Croates également, après des vengeances des musulmans et la présence des mudjahedin, des combattants étrangers en Bosnie, enfin après la division du pays en deux entités, voire trois : entre les Croates, Serbes et Musulmans, la multi culturalité est-elle possible ?
Je répondrai à l’image de Pythie : oui, et non.
Oui, parce que la langue parlée par tous les habitants est la même (elle se nomment de idfférente façon : serbe, croate, bosniaque ; du point du vue purement linguistique, c’est la même langue) - les ethnies donc n’existent pratiquement pas – ; la réponse est « oui »,  parce que les traditions sont semblables, comme les mœurs et la mentalité, et parce que la littérature est pareille chez les représentant de toutes les communautés, ainsi que l’art en général – que ce soit la peinture et l’architecture, ou encore le cinéma et le théâtre.
Toutefois, la réponse est aussi négative : la multi culturalité n’est pas possible, parce que les dirigeants font tout pour achever le « nettoyage ethnique » et former des zones dites « ethniquement pures », parce que le pays est divisé, parce que les auteurs eux-mêmes revendiquent le plus souvent leurs diverses origines religieuses et nationales et contribuent ainsi au partage culturelle et géographique de la Bosnie.
Pour que la diversité existe, il faudrait reconnaître les valeurs de la république, la citoyenneté, la laïcité, les droits de l’homme et non les droits des peuples. Ces valeurs (valeurs républicaines) sont les seuls garants à la fois de la diversité culturelle et de l’unité du pays. Or, pour que cette diversité/ multucultuarilié soit possible, il faudrait qu’on reconnaisse qu’il existe en Bosnie une seule et même culture, une culture unique, authentique,  appartenant à un seul peuple divisé surtout au niveau de la religion, ce qui est en fait devenu presque impossible.
Je vous laisse, à vous lecteurs,  la conclusion finale.