Jasna Samic

SARAJEVO FILM FESTIVAL

         

Jasna Samic, née à Sarajevo, vit à Paris où elle écrit en bosniaque (serbocroate) et en français. Elle a publié des romans, nouvelles, poésie, pièces de théâtre, essais; elle est aussi metteur en scène et l'auteur de films documentaires.
Lauréate du Programme Missions Stendhal et du prix Gauchez-Philippot.

 

 

SARAJEVO FILM FESTIVAL


Sarajevo est devenu une ville de festivals, disent les habitants de la ville. Soit. Il est vrai que des festivals s’y succèdent, ce qui est plutôt bien pour cette ville dont les plaies ouvertes pendant la dernière guerre des Balkans, n’ont pas encore été cicatrisées.
En été, c’est Sarajevo film festival (SSF), puis en automne, le Festival de petites scènes expérimentales (MESS), qui est d’ailleurs de plus en plus le festival de grandes scènes parfois expérimentales.
L’ambiance en été est gaie et agréable, on dirait qu’il y a de plus en plus de touristes dans la ville, et surtout encore plus de Japonais et de Chinois que les années précédentes. Sont-ils venus pour voir les films et sentir l’ambiance du Festival ? Difficile à dire.
Cette année, j’ai vu beaucoup de films, surtout ceux de la Région. Pendant que je les regardais, ils me plaisaient. Il y en avait qui étaient bouleversants, comme le film croate Zvizdan de Dalibor Matanic, dont la première partie était particulièrement touchante. De quoi s’agit-il ?
Trois décennies différentes, deux villages voisins accablés par l'histoire et trois histoires d'amour sont ici réunis en un conte classique sur l'amour interdit. Voici ce qu’on nous dit le synopsis de ce film qui nous parle de la situation d’avant la dernière guerre, comme celle d’aujourd’hui, et des problèmes nationalistes qui règnent toujours dans les Balkans, notamment en Croatie.

Quant aux film bosniens, il n’y en avait que deux : Hiljadarka ( Mille dinars), de Nenad Djuric, et Nasa svakodnevna prica (Notre histoire quotidien) d’Ines Tanovic.
Le film « Hiljadarka », qui a eu du succès auprès du public local, est l’un des plus mauvais, des plus primitifs que j’ai jamais vus. Il ne faisait, d’ailleurs, pas partie de la compétition officielle.
Quant au deuxième long-métrage, Notre histoire quotidienne (Nasa svakodnevna prica), est beaucoup plus réussi. Du coup, le film a été choisi pour représenter la Bosnie dans la course pour l’Oscar à Hollywood.
La réalisatrice Ines Tanovic souligne que, contrairement aux autres films faits par les Bosniens, celui-ci n’est pas un film qui traite des problèmes sociaux, mais qui parle d’une famille intellectuelle de Sarajevo. Je ne cesse de me demander dès lors quand est-ce que les petits commerçants de Bascarija (quartier ottoman de Sarajevo) sont devenus des intellectuels ? Ont-ils une bibliothèque digne d’un Chateaubriand ? Sans doute, depuis la dernière guerre des années 90, tout est désormais possible.
Le milieu des bazars de Sarajevo, où de nombreuses scènes de ce film ont été filmées, est sans aucun doute proche de la réalisatrice qui l’a traité avec fidélité. Mais il ne s’agit en aucun cas de la vie d’une famille intellectuelle de Sarajevo, mais plutôt de la vie d’une famille « petit bourgeois » bosniaque, voire bosnienne. Le film est plutôt réussi. Les acteurs sont même excellents et jouent des gens simples sarajeviens de façon authentique. Ce film devrait toucher le public, étant donné qu’il traite aussi d’un drame familiale : le fils n’a pas de travail, le père est licencié, la mère tombe malade du cancer. Jasna Beri joue très bien cette mère malade, les autres aussi, surtout Emir Hadzihafizbegovic, le père. Malgré cela, Notre histoire quotidienne ne m’a pas très émue.
En sortant du cinéma, tous ces films s’effaçaient de mon esprit, les uns après les autres. J’ai remarqué, hélas, depuis déjà un bon moment, que les films faits par les réalisateurs des Balkans, que ce soit par ceux de Bosnie, de Serbie ou de Croatie, se ressemblent tous. (Voilà l’une des preuves qu’il s’agit du même, ou presque du même peuple.) Pour ma part, ces films ne laissent pas de traces dans le cœur du spectateur.
Les films turcs sont différents, et tous lents, parfois ennuyeux. J’ai malheureusement raté celui qui a eu le prix cette année, salué à la fois par le public, par la critique et par le Jury, qui lui a décerné le Cœur de Sarajevo :
Mustang est un film dramatique germano-franco-turc réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Il montre cinq jeunes sœurs turques défendant avec fougue leur joie de vivre et leur liberté contre l'emprise d'un patriarcat étouffant, nous expliquent les critiques.
Parmi les films étrangers, c’est le film Dheepan de Jacques Audriard qui a ouvert les séances dans le cinéma « Open air », devant plusieurs milliers de spectateurs. L’histoire de ce film est la suivante :
« Dheepan est un combattant de l'indépendance tamoule, un Tigre. La guerre civile touche à sa fin au Sri Lanka, la défaite est proche, Dheepan décide de fuir. Il emmène avec lui une femme et une petite fille qu'il ne connaît pas, espérant ainsi obtenir plus facilement l'asile politique en Europe. Arrivée à Paris, cette « famille » vivote d'un foyer d'accueil à l'autre, jusqu'à ce que Dheepan obtienne un emploi de gardien d'immeuble en banlieue. Dheepan espère y bâtir une nouvelle vie et construire un véritable foyer pour sa fausse femme et sa fausse fille. Bientôt cependant, la violence quotidienne de la cité fait ressurgir les blessures encore ouvertes de la guerre. Le soldat Dheepan va devoir renouer avec ses instincts guerriers pour protéger ce qu'il espérait voir devenir sa « vraie» famille. »
Dheepan est une fable douloureuse et puissante, soulignent les médias, et nous le sentons aussi pendant que nous assistons à la projection du film. Toutefois, quelques jours plus tard, je l’ai déjà oubliée.
Parmi les autres films étrangers, qui ont eu du succès au Film Festival de Sarajevo (SFF), je ne citerai que le film de Woody Allen, L’homme irrationnel (Irrational man), fait avec humour ; c’est une critique acerbe de la société intellectuelle américaine, où l’ont trouve de très bons dialogues, mais qui s’efface, lui aussi, aussitôt après, sans laisser de grands souvenirs dans mon âme et mon esprit.