SADZIDA JERLAGIC

CHAMBRE AVEC VUE SUR L’OCEAN

         

sur les auteurs

Sadzida Jerlagic
est née à Sarajevo où elle a fait ses études de droit. Elle vit depuis longtemps à Paris où elle a travaillé à RFI.

Jasna Samic vit à Paris où elle écrit en bosnien et en français. Elle a publié des romans, nouvelles, poésie, pièces de théâtre, essais ; elle est aussi metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre et l'auteur de films documentaires. Lauréate de plusieurs prix littéraires français et internationaux.

 

 

CHAMBRE AVEC VUE SUR L’OCEAN
traduction du bosnien l’auteur avec Gérard Adam ; MEO, 2021

Jasna Samic est une écrivaine franco-bosnienne, très connue dans son pays d’origine, Bosnie, et sa ville natale, Sarajevo. Elle vit depuis longtemps à Paris, où elle a fait le Doctorat d’Etat à la Sorbonne en soufisme et l’histoire des Balkans. Elle écrit à la fois en français et bosnienne, et elle a publié de nombres ouvrages tout genre confondu. Malgré des prix littéraires qu’elle a eus pour ses œuvres écrits en Français, elle reste méconnue grand public français. C'est pourquoi je voudrais attirer votre attention à cet auteur très intéressant qui ne laisse indifférent aucun du lecteur qui a lu ses livres. Moi-même, je suis une fervente lectrice de ses ouvrages depuis très longtemps. J’ai lu presque tous ses livres en bosnien, et je viens de terminer son quatrième roman publié en français, après avoir lu: Portrait de Balthazar, Le givre et la cendre, Les contrées des âmes errante, de même que son beau recueil de poésie « Dans le lit d’un rêve », tous publiés chez son éditeur, MEO de Bruxelles.
Chambre avec vue sur l’océan, qui vient de paraître chez MEO, traduit cette fois-ci par l’auteur et Gérard Adam, est un ouvrage conçu comme une trilogie, ou plus précisément, comme une composition musicale en trois mouvements. Je le vois personnellement comme un livre consacré entièrement à la souffrance, à la douleur, à l’impuissance et à la révolte, ainsi qu’à la mort et à la guerre, car tout cela est omniprésent dans ce roman, comme cela a été présent dans ce pays situé au cœur-même de l’Europe. C’est là que la barbarie a de nouveau triomphé à la fin du XXème siècle, malgré le fameux ‘Plus jamais ça’! Or c’est de la Bosnie qu’il s’agit, ainsi que de Sarajevo, ville natale de l’auteure et la capitale meurtrie de son pays d’origine. Toutefois, c’est aussi un roman d’amour, de passion, d’amitié, de résilience... Présenté aussi comme un ouvrage anti-lyrique, antiromantique et antipoétique, je me permets d’ajouter que c’est aussi un roman plein d’esprit et très drôle.
La scène du roman s’ouvre, dans sa première, portant le même titre que le livre, sur un décor luxueux d’une station balnéaire mondaine au Sud de la France, où le personnage principal, Mira passe ses vacances grâce à l’hospitalité d’un ami, et où elle voudrait oublier la tragédie dans laquelle sombre son pays et une grande partie de sa famille, restée dans la Sarajevo, assiégée par les extrémistes serbes.
Mira la musicienne originaire de Sarajevo, installée à Paris, est à la fois très touchée par la tragédie de sa ville et de la maladie de sa tante, de même qu’abasourdie et énervée par le comportement parfois grotesque, pour ne pas dire indécent, de ses ex-compatriotes dont certains sont ambitieux, hautains, ou même voleurs. Le chagrin l’envahit au point qu’elle donne à peine ses cours de piano.
Elle voudrait fuir tout. Mais où ? Dans le rêve ? se dit-elle. Mais les portes du rêve aussi sont closes.
La deuxième partie, intitulée « La Maison de Satan », nous transporte en Bosnie du début du siècle et nous fait voyager jusqu’aux années 90, quand la guerre des Balkans éclate et Mira se retrouve avec son mari et son fils à Paris. Nous y découvrons la saga familiale de Mira, à travers son enfance, sa jeunesse, ses études, ses ami(e)s, ses amours, et son coup de foudre pour un pianiste cubain ; les pages écrites sur Cuba où Mira se rend dans les années 80 sont si inspirées que le lecteur regrette quand elles s’arrêtent.
Une fois l’accord de paix de Dayton signé, les routes vers sa ville s’ouvrirent, mais il était trop tard pour certaines rencontres. « J’en ai assez de la vie d’errance, une vie temporaire, je m’ennuie d’être loin de moi-même, loin des miens », se dira-t-elle en pensant à la lettre de Stephan Zweig avant son suicide.
La troisième partie du livre, « A l’Ombre de la porte de l’Enfer », est pourtant la plus sombre, la plus douloureuse, la plus dramatique, et aussi la plus poétique, surtout au début de cette partie. Arrivée à Sarajevo, confuse, Mira observe sa ville « transformée en cimetière vivant ». Maintenant que les obus se sont tus, c’est le chaos qui y règne.

J’espère que ce livre beau et fort réveillera la curiosité chez tous ceux qui aiment découvrir des différentes cultures, coutumes et religions, car justement, le roman parle de ces différences - cette source de richesse, qui est aussi, hélas, une cause constante de division et de guerres.